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Sous l’ombre de " l’exception marocaine"

, par Hayat Boustalundi 12 mars 2018

Du Nord au Sud du Maroc, les populations de villes et communes délaissées ne cessent de manière souvent pacifique de manifester leur indignation contre l’indifférence du pouvoir à leurs situation et isolement. Ces contestations qui datent de plus de 30 ans dans certaines villes se sont amplifiées depuis plus d’un an et ont touché plusieurs communes dans un même laps de temps : El Hoceima, Nador, Imider, Zagora, Jerada...

La ville de Jerada, ancienne ville minière du Nord Est du Maroc qui produisait une qualité de charbon reconnue comme la meilleure du monde a été délaissée suite à sa fermeture en 1998 . Elle comptait 9000 ouvriers. Aucune solution économique n’a été proposée à ces populations. La ville sera marginalisée et « les barons du charbon » continuent clandestinement d’exploiter cette mine en toute impunité et sans tenir compte des habitants.

Le 27 décembre 2017, deux frères acculés à travailler pour subvenir à leurs besoins vitaux et à ceux de leur famille, trouveront la mort dans un puits clandestin. Une grève générale soutenue par les habitants le 29 décembre 2017, sera le moment de la naissance du Hirak [1] de Jerada.
Suite à l’annonce par les autorités de la mise en place d’une série de mesures pour sortir cette région l’ oubli où il l’avait maintenue depuis des décennies, les militants du Hirak Jerada sont restés vigilants tout en se donnant du temps pour la réflexion.
Le 1er février 2018, un nouveau décès dans les mêmes circonstances renforcera le climat de défiance qui régnait sur la ville.
Le 22 février, des manifestants ont décidé de poursuivre leur mouvement de protestation pour dénoncer le peu d’intérêt affiché par le Makhzen aux régions pauvres du Maroc. Ils attendent toujours des solutions acceptables et viables qui sortiraient toutes ces régions du marasme.
Ce 10 mars, après l’arrestation de deux meneurs de ce mouvement, des habitants sont encore sortis dans la rue : les forces de l’ordre les ont réprimés violemment, utilisant des baltaguiyas [2].

A Rabat, Casablanca et d’autres villes du Maroc, des manifestations de solidarité pour la libération des détenus politiques sont souvent réprimées par les forces de l’ordre.

Les prisonniers politiques et d’opinion du Hirak du Rif subissent depuis près d’un an, humiliations et tortures d’un âge que l’on pensait révolu. Leurs procès iniques perdurent. Ils risquent de lourdes peines de prison ferme.

Tous ces mécontentements du Nord au Sud marocain, toutes ces protestations qui, au-delà, des situations de précarité réclament la démocratie, la justice, le respect de la dignité humaine n’empêchent pas certains pouvoirs occidentaux de parler « d’une exception marocaine », occultant consciemment (on ne peut plus dire aujourd’hui, grâce aux nouvelles formes de communication, « on ne le savait pas ».) ces drames humains au nom d’un relativisme de situation.
Aborder les droits humains, c’est aussi se pencher sur les conditions qui permettent leur violation, les responsabilités visibles et moins visibles qui accentuent la fracture sociale.

Persévérer dans une politique qui exaspère les populations qui « n’ont plus rien à perdre » ouvre la porte à des extrémismes incontrôlables qui créent un climat social d’un autre âge. En persistant dans cette politique d’appauvrissement d’une large couche de la population et d’ enrichissement de manière indécente d’une toute petite minorité, la facture de la démocratie sera lourde à payer non seulement par le Maroc mais aussi par ses alliés qui ferment les yeux sur les abus des Droits Humains pour leurs propres intérêts.

Tout est orchestré pour avoir ces manifestants à l’usure mais et on ne peut pas renier ces mouvements, ces voix pour la liberté qui ont résisté, résistent et résisteront.

Notes

[1] Mouvement de contestation

[2] Hommes de main à la solde du régime pour réprimer la contestation

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