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Second tour : Ecraser Le Pen électoralement dimanche signifie voter Macron et non pas voter blanc ou s’abstenir

par François Chesnais

vendredi 5 mai 2017

J’ai sous les yeux trois déclarations. Deux émanent de groupes animés par d’anciens membres de l’OCI-PCI aux côtés desquels j’ai milité longtemps, la troisième du NPA. Elles m’obligent à écrire ce texte.

Car ces déclarations parachèvent l’objectif que Marine Le Pen s’était fixé : banaliser le FN, gommer largement ses traits fascisants et en faire une variante comme d’autres de la droite française. Elles n’aident pas à la réflexion, pour dire le moins, sur ce que signifierait l’accession de Le Pen à la présidence et la mise en place d’un gouvernement dirigé par le FN, notamment pour les salariés et les jeunes français « issus de l’immigration », déjà constamment en butte à une police et une gendarmerie largement acquise au FN.

Je commence par celle de L’Insurgé. On y lit : « Il n’y a plus, comme candidat, que les deux représentants de deux ailes principales de la bourgeoisie française (il y en aurait donc d’autres ?). » Dans le cas de Macron, c’est celle du grand capital et de la finance et dans celui de Le Pen une candidature « représentant les couches arriérées de la bourgeoisie française qui sont broyées par l’ouverture au marché mondial et la concurrence capitaliste. » Cette aile « rêve d’un impossible rétablissement des frontières nationales. De ce fait, elle développe plus encore une politique xénophobe. Cette fraction de la bourgeoisie cherche à entrainer dans son naufrage certaines couches populaires désorientées s’imaginant que le protectionnisme les mettrait à l’abri de la concurrence mondiale, de la fuite des capitaux, etc. »

Vient ensuite l’affirmation exacte, à laquelle je souscris bien sûr pleinement, que « la seule issue pour la classe ouvrière, pour les salariés, c’est de reprendre le vieux combat pour en finir avec le capitalisme, de reconstruire des organisations politiques et syndicales qui se fixent l’objectif d’en finir avec l’exploitation du capitalisme, d’en finir avec la propriété privée des moyens de production. » Mais je n’en tire pas les mêmes conclusions que L’Insurgé, qui au nom de cet objectif appelle les salariés et la jeunesse à l’abstention ou au vote blanc dimanche, « même si, à juste titre, ils considèrent qu’avec le front National, ce serait davantage de xénophobie, de répression policière, d’attaques contre les libertés démocratiques. » Comme je l’argumente plus loin il faut prendre les combats dans l’ordre où ils se présentent.

La seconde déclaration, celle de Combattre pour le socialisme, est plus expéditive encore sur le FN. Elle est centrée sur la question des rapports des centrales syndicales au Front républicain et caractérise très bien le programme de Macron. Mais elle écarte la question du FN d’un revers de main, se limitant à dire que « quant à la candidature Le Pen, chacun sait que c’est celle d’un parti ultraréactionnaire, raciste et xénophobe qui partage les mêmes objectifs » (que Macron). Donc Combattre pour le socialisme donne la même consigne que L’Insurgé : « Pas une voix pour Le Pen, pas une voix pour Macron ! Pour le combat réel contre le FN, non au « Front Républicain » ! En somme l’abstention ou le vote blanc.

De son côté, le NPA tout en déclarant que « Marine Le Pen et le FN sont un danger mortel contre les droits collectifs et les organisations du mouvement social. La contestation, les manifestations, les syndicats, ils voudraient les interdire, les réprimer. C’est la division accrue des opprimés entre français et étrangers, hétéros et LGBTI. C’est la remise en cause des droits des femmes » n’appelle pas à voter pour lui barrer la voie à la présidence. Au contraire avec un certain paternalisme le NPA comprend « les jeunes et les travailleurs qui mettront un bulletin Macron dans l’urne pour faire barrage au Front National ». Ce qui signifie qu’en tant qu’organisation il ne le fera pas. Comme si les salariés ne le savaient pas, le NPA se croît obligé de leur rappeler que « Macron est le meilleur représentant des politiques libérales mises en place depuis 30 ans. » On est loin du mot d’ordre de la LCR de 2002, « combattre le FN dans la rue et dans les urnes » et de l’appel au vote Chirac.

La montée du fascisme suit différents cheminements. Ce n’est pas nécessairement de façon immédiate les chemises noires et l’interdiction des syndicats et des partis. Cela peut passer d’abord comme dans le cas du FN par la désignation dans la société d’étrangers ou de parias avec des mots et des actes qui légitiment qu’il leur soient portés des coups. Je m’identifie avec ce qu’écrit José Chatroussat dans la lettre n° 175 de Culture et Révolution. Plutôt que le paraphraser je vais le citer assez longuement. Il écrit : « la victoire du candidat le plus raciste, le plus xénophobe, le plus anti-immigrés constituerait un formidable encouragement à s’en prendre aux catégories de la population les plus fragiles, les moins en capacité de se défendre et de rendre les coups.
José Chatroussat s’adresse directement aux militants qui sont sociologiquement massivement majoritaires dans nos organisations et groupes qui se réclament de la révolution. « Il me semble que les militants, les camarades et mes amis qui envisagent de voter blanc dimanche n’ont pas imaginé les conséquences de leur geste si Marine Le Pen gagne, et même si elle parvient à obtenir 40 % des votes. Ce ne sont pas eux qui seront visés en premier. Comme moi, ils et elles sont français et blancs, avec des papiers en règle, avec un casier judiciaire vierge, une situation matérielle certes pas très brillante mais sans être pour autant en état de grande précarité. Qu’à cela ne tienne pour le FN et ses identitaires. Après s’être attaqués aux sans-papiers, aux migrants, aux Roms, à toutes les personnes issues de l’émigration et en particulier aux jeunes des banlieues de toutes les couleurs, Le Pen et ses sbires identitaires s’occuperont de notre cas, plus tard, repérant les Juifs, les homosexuels, les athées, les anticapitalistes de toutes nuances, les internationalistes, les gens qui n’agiteront pas le drapeau tricolore en cadence, les gens qui sont mariés à des Noirs ou à des Maghrébins, ou qui ont, comme moi, des amis chers ou de bons voisins originaires d’Afrique ou du Maghreb.

J’ai en mémoire la situation d’isolement des jeunes en décembre 2005 due à la lenteur de nos organisations à réagir lors de leur soulèvement contre la police et de la violence de Sarkozy à leur égard. Je m’identifie donc à ce que Chatroussat écrit à notre adresse collective : « Votez blanc risque d’avoir cette fâcheuse connotation d’être le vote de blancs bien-pensants de gauche ou d’extrême gauche, campant sur des positions anti-électoralistes aussi faibles et inconsistantes dans certaines circonstances que l’électoralisme plein d’illusions qui a fait bien des ravages dans d’autres circonstances. Il n’est pourtant pas difficile d’imaginer ce que le Front National et ses alliés feraient s’ils se retrouvaient à la tête des institutions étatiques. Nous en avons déjà des échantillons très concrets avec la façon dont ils gèrent les municipalités qu’ils ont gagnées : campagnes racistes et antimusulmanes permanente, suppressions d’aides sociales, suppression de subventions à des associations cruciales pour les plus démunis. J’ai voté Mélenchon au premier tour et partage d’autant plus le dégout exprimé par José Chatroussat et suis en total accord avec lui lorsqu’il écrit : « Pour Jean-Luc Mélenchon, il ne s’agit sans doute que de « nuances dans la cruauté sociale » comme il a osé le dire en établissant une équivalence entre Macron et Le Pen. J’ai du mal à croire que les victimes de la gestion du Front National dans ces municipalités qu’ils tiennent voient la réalité comme ce tribun, calculateur et infatué de lui-même, qui ne réagit même pas quand Marine Le Pen le félicite ou drague ses électeurs. »

C’est faire grand crédit au Front républicain qu’on combat si fortement par ailleurs de penser que sa constitution, qui a été très difficile et incomplète, garantit la victoire de Macron et autorise à ne pas se salir les mains en votant pour lui. On peut aussi considérer que la prestation de Le Pen au cours du débat télévisé du second tour a réduit les dangers de la voir élue. Mais comme Edwy Plenel l’argumente dans le texte « Dire non au désastre » posté sur Médiapart, demain il risque d’être un peu tard pour se défendre efficacement lorsque sous un gouvernement dirigé par le FN, les libertés d’expression et d’organisation, et le droit de grève seraient sérieusement encadrées, voire supprimées dans bien des cas. Je ne suis pas particulièrement satisfait que ce soit quelqu’un d’autre qu’un militant trotskyste pour porter à l’attention d’un large public l’un des fils conducteurs des textes de Trotski des années 1930, à savoir que « dans la lutte contre le fascisme nous sommes prêts à passer des accords avec le diable, avec sa grand-mère » (cité par Pierre Broué dans sa biographie de Trotsky, Fayard, 1988, page 716). Tant mieux si Le Pen a sans doute perdu du terrain dans le second débat en montrant qui elle est, mais raison de plus pour l’écraser électoralement. De même, que Macron se soit rendu de son côté parfaitement détestable mercredi achève de donner au geste de déposer dans les urnes un bulletin à son nom le seul sens de vouloir infliger à Le Pen une défaite la plus retentissante possible. Il faut prendre les combats dans l’ordre où ils se présentent. C’est une leçon essentielle des années 1930. Je répète : même si le visage du fascisme n’est pas identique, cette leçon doit servir à nous orienter aujourd’hui

François Chesnais (4 mai 2017)

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