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Manifestations du Rif : le Non à l’oubli

, par Hayat Boustamardi 27 juin 2017

« Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple » défie le palais. »
C’est sous ce titre que le journal l’Humanité du 22 juin 2017, en première page, sous la plume de Rosa Moussaoui, exprimait sa solidarité avec tous ceux qui ont été emprisonnés, tabassés par les forces de police marocaines dans le RIF et particulièrement à Al Hoceima. Une solidarité que l’on souhaiterait voir se développer et reprendre sa dimension historique qu’elle avait lors des événements réprimés qu’a connus le Maroc en particulier pendant les manifestations de Mars 1965, juin 1981 et janvier 1984 ou lors des procès souvent illicites en particulier en 1970, 1973 et 1977.

Le Nord du Maroc a toujours été délaissé par le régime marocain que ce soit sous le règne de Hassan II ou, actuellement, sous celui de Mohamed VI. Les populations du Rif ont une longue histoire de résistance symbolisée par le combat de Abdelkrim El Khattabi contre les colonisations espagnole et française. Il avait, pendant la bataille d’Anoual en 1921, fait reculer l’armée espagnole bien mieux armée que ne l’étaient les rifains.

C’est de manière digne et pacifique que depuis mai 2017 la population de Al Hoceima et de ses environs manifestaient pour que l’Etat respecte les promesses faites depuis trop longtemps. Région délaissée, les habitants se sont révoltés contre l’oubli et le mépris.

Le 24 juin 2017 la coordination en France de partis et associations marocaines pour la dignité, contre l’impunité et la Hogra appelait à un meeting de solidarité à Paris " 20 JUIN 1981...20 JUIN 2017...La lutte pour la dignité et contre l’injustice continue". Cette coordination rappelait qu’il y a 36 ans, les manifestations du 20 juin 1981 avaient été réprimées sauvagement faisant un grand nombre d’arrestations, de blessés et de morts dont certains jetés dans la fosse commune : «  le 20 juin 1981 est commémoré chaque année par l’ensemble des forces démocratiques et de progrès pour rappeler l’assassinat et la disparition arbitraire d’innocents citoyens. A ce jour, la vérité n’est pas faite sur ce massacre, comme sur l’ensemble des événements qui ont marqué l’histoire du Maroc  ».
Les déclencheurs des manifestations du 20 juin 1981 sont quasi les mêmes que ceux de juin 2017 à Al Hoceima comme le rappelait lors de ce meeting, Abderrahim Handouf, membre du secrétariat de l’Union Marocaine du Travail : «  Crise mondiale, guerre du Sahara, Sécheresse, austérité dictée par le FMI (Plan d’Ajustement Structurel ) » et dont les conséquences sont «  chômage, gel des salaires, dégradation du pouvoir d’achat, dégradation du service publique etc  ». Ce Mouvement Hirak, poursuit-il, est aussi «  le résultat des violations flagrantes des droits humains perpétrées dans la région depuis les années 1920, 1958, 1959 et 1984  ».

Ces déclencheurs sont aussi les mêmes en Tunisie comme le soulignait Adel Thabet, pour le parti des Travailleurs de Tunisie qui rappelait «  le mois de janvier a marqué l’histoire récente de la Tunisie : 26 janvier 1978, ce jeudi noir qui fut un bras de fer entre l’Union Générale des Travailleurs de Tunisie et le pouvoir, le soulèvement spontané du pain le 3 janvier 1984, celui du mouvement du bassin minier de Redeyef le 5 janvier 2008 . » Il rappelait aussi les soulèvements de décembre 2010 - janvier 2011 qui ont embrasé plusieurs autres pays et qui ont conduit à la chute de Ben Ali. Mais en Tunisie aussi, tous les responsables de crimes ne sont pas encore aujourd’hui identifiés. A. Handouf concluait «  ces crimes bénéficient d’une totale impunité. Les victimes et leurs familles n’ont eu aucune réparation morale ou matérielle.  »

Au Maroc comme en Tunisie, le combat pour la vérité et contre toutes les formes d’impunité restent d’actualité. Quand on refuse de faire toute la vérité sur des massacres (au Maroc, seule une partie des dépouilles jetées en juin 1981 dans les fosses communes fut découverte en décembre 2005) et identifier les responsables, la récidive n’est pas très loin.
C’est cette violence que vivent les populations de Al Hoceima en ce mois de juin 2017. Si le degré de violence est moindre actuellement grâce au combat des forces démocratiques et à la solidarité internationale, le système reste le même, une autocratie, un pouvoir absolu en « trompe l’œil » qui continue à intimider et réprimer.

Mais, actuellement, la prise de conscience des populations face à l’indécence des richesses étalées au grand jour fait évoluer les revendications : contre la cherté de la vie au début, ce sera pour l’instauration d’un Etat de droit, la séparation des pouvoirs et le respect des conventions internationales sur les droits humains que le Maroc a signées. Les contestations gagnent plusieurs villes marocaines. Le 11 juin 2017 une manifestation dont les organisateurs ne soupçonnaient pas l’ampleur eut lieu à Rabat. Essalka Abidar, une jeune militante des droits humains, présente à cette manifestation, a souligné lors de ce meeting du 24 juin à Paris : «  Une grande manifestation a eu lieu le 11 juin à Rabat pour exiger la libération des détenus politiques. Le cortège s’est étendu sur près d’un kilomètre. (…) Sur les réseaux sociaux, des journalistes indépendants évoquent « plusieurs dizaines de milliers » de manifestants ayant participé à ce rassemblement . »
Hier encore, des manifestationsle jour même de la fête de fin du Ramadan, se sont poursuivis faisant plusieurs blessés.

Que ces soulèvements du moment « s’apaisent » ou non, la situation reste explosive mettant de plus en plus en lumière une politique injuste et de mépris, que cautionnent les pouvoirs occidentaux et en particulier la France. Mr Macron, le nouveau président de la République, lors de son voyage officiel au Maroc, a certes soulevé la situation dans le Rif mais a aussi souligné la volonté d’apaisement du roi Mohamed VI. C’est-à-dire la volonté d’un roi qui règne et gouverne et qui, directement ou indirectement, est responsable de cette crise ! Sur les droits humains, comme ses prédécesseurs, aucune allusion. Ce qui importe ce sont les investissements non taxés et des intérêts financiers communs qui permettent à la France de renflouer ses caisses et au roi du Maroc de renflouer ses différents comptes de par le monde.

Une situation objectivement et subjectivement explosive face à une politique qui, en exaspérant les populations qui « n’ont plus rien à perdre », ouvre la porte à des extrémismes incontrôlables dont seront victimes les populations certes mais aussi les détenteurs des pouvoirs.

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