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Il y a cent ans, l’Orient arabe trahi

Aujourd’hui : une situation dramatique dans cette région et la volonté d’oublier la Palestine.

, par Hayat Boustalundi 10 avril 2017

Le 8 octobre 2016, se tenait au Palais du Luxembourg de Paris un colloque intitulé « Un siècle après les accords Sykes-Picot, l’Orient arabe trahi » [1], organisé par le Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche Orient (CVPR PO) et en partenariat avec le journal en ligne ORIENT XXI.

De la renaissance des nationalismes arabes et juifs au moment du déclin de l’Empire ottoman au milieu du XIXème siècle, en passant par le partage de la Palestine et la création d’Israël, jusqu’aux interventions récentes étrangères (de 1979 à aujourd’hui) et la création de l’Organisation de l’Etat Islamique - ses conquêtes et ses défaites -, les différentes interventions de ce colloque, très riches tant historiquement que politiquement, nous ont éclairés sur le présent.

En mai 1916, deux diplomates - l’Anglais Mark Sykes et le Français François Georges Picot - ont procédé à un découpage territorial du Proche Orient pour satisfaire les intérêts économiques des deux pays et sans tenir compte des réalités sociologiques et humaines des populations. Ce furent les accords Sykes-Picot. Mais, comme le rappelait Maurice Buttin, président du CVPR PO , c’est à la Conférence de San Remo en avril 1920 que ce partage régional sera entériné : « l’année 1920 est notée dans les annales arabes, comme l’année de la catastrophe, la NAKBA – mot repris par les Palestiniens, après l’expulsion de 750 000 d’entre eux, en 1947/1948-. L’amertume générale conduira immédiatement à la violence ».
En 1917 sera signée «  la déclaration Balfour  » sur la création d’un foyer national juif en Palestine « qui a ouvert la voie plus tard, à l’ébauche, puis à la proclamation de l’Etat national d’Israël » comme le rappelait Pierre Lafrance.
Selon Salmann El Herfi, ambassadeur de Palestine à Paris, les accords Sykes-Picot sont, cent ans après, « à la base de l’injustice que vit le peuple palestinien depuis soixante-dix ans d’occupation et de colonisation ». Pour Alain Gresch, directeur du journal en ligne ORIENT XXI, ce sont « cent ans de colonialisme au mépris des aspirations des peuples et de la justice internationale  », après avoir souligné les caractéristiques d’une « diplomatie du pétrole semant la mort, le chaos et les migrants martyrisés, enfantant des monstres comme Daesh ». Sans oublier la responsabilité des Occidentaux - en particulier des Etats-Unis - dans l’émergence de ce monstre comme l’avait reconnu Tony Blair lors d’une interview à CNN en 2016.

On se doit de fustiger ce terrorisme « islamique » mais il faut rappeler le terrorisme d’Etat d’Israël. Amira Hass, journaliste au quotidien israélien Haaretz écrivait [2] : «  Il semble que nous ne puissions pas nous voir comme la cause, des agresseurs ( disons-le franchement, des terroristes), vis à vis de ceux qui, depuis leur naissance vivent sous une pluie de décrets militaires, nos fusils, tanks, avions, hélicoptères et drones crachant du feu sur eux.(...) Nous ne nous voyons pas ? Je corrige : nous refusons de nous voir comme la cause. »

On ferme les yeux sur les violences israéliennes et le développement de ses colonies. En 2015, le nombre d’enfants palestiniens dans les prisons israéliennes a doublé et on interdit aux parents de leur rendre visite. Quant aux colonies israéliennes, elles ont augmenté de 400% en 2016 selon l’Institut de Recherche Appliquée de Jérusalem.

Face au déploiement de force d’Israël, à son impunité et à la paralysie volontaire des Etats tant occidentaux qu’arabes, les populations civiles appellent au boycott des produits israéliens dont les bénéfices vont à une armée qui tue.
La grande majorité des pays permettent à leur population d’organiser ces campagnes et d’appeler au boycott de ces produits. Mais la France est l’un des rares pays qui, notamment via la circulaire Alliot-Marie,prévoit des poursuites contre tous ceux qui appellent à leur boycott. [3] . Ce qui permet à une organisation terroriste « Brigade juive » installée en France et dont le siège est en Israël de « légitimer » ses intimidations et piratages électroniques à l’encontre de tous ceux qui boycottent ces produits et en particulier des militants de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS).

Devant le constat d’une Palestine qui disparaît de plus en plus des préoccupations internationales, se dresse une solidarité des populations civiles du monde entier contre cette injustice comme l’ont soulignée des interventions du colloque sur les cent ans des accords Sykes-Picot mettant l’accent sur la situation actuelle : « aujourd’hui, le Proche-Orient sombre dans le chaos…Les racines de ce conflit sont- elles à rechercher dans les accords Sykes-Picot et les promesses contradictoires faites par Paris et Londres ? ».

Ce chaos est le lit de violences multiples, d’instrumentalisations des faits et des individus. Quelle volonté politique pour une réelle coalition internationale en vue de l’application des résolutions de l’ONU à l’encontre de la politique coloniale israélienne pour tenter en partie de mettre fin au « désordre mondial » ?

Notes

[1] Les actes de ce colloque viennent d’être publiés et peuvent être commandés au secrétariat du CVPR PO, c/o Me Maurice Buttin, 54 rue des Entrepreneurs 75015 Paris, en adressant 10 € (frais de port compris).

[2] Cité dans le courrier du Comité de Vigilance Pour la Paix au Proche Orient (CVP PO).

[3] Circulaire du 12 février 2010, CRIM-AP, n° 09-9006-A4, dite circulaire « Alliot-Marie ». Cette circulaire fut reprise et complétée le 15 mai 2012 par Michel Mercier (CRIM-AP, n° 2012-0034-A4). La Cour de Cassation poursuit en effet les personnes appelant au boycott des produits israéliens, considérant que le fait de boycotter ces produits revient à discriminer les fournisseurs de produits israéliens en tant que groupe appartenant à une nation.

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