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En colère !

, par Éric Thouzeaumardi 1er mars 2016

Voir en ligne : http://ericthouzeau.eu/en-colere/

CbrKloqWIAYd3FOJe ne décolère pas. Déchéance de nationalité, projet de loi El Khomri me mettent en colère. Et je ne suis pas le seul. Une grande majorité d’électeurs de gauche, salariés, en activité, en retraite ou en recherche d’emploi ne se sentent plus représentés par ce gouvernement. Ils sont eux-aussi en colère. Que la droite au plan régional (comme au niveau national si elle revenait au pouvoir en 2017) mène une politique de droite, cela peut mettre en colère, mais c’est logique. Qu’un gouvernement issu de la gauche ne mène pas une politique de gauche, ça ce ne l’est pas ! D’où une colère qui monte !

Je ne décolère pas. Il y a d’abord ce débat incroyable pour la gauche sur la déchéance de nationalité. Alors que le parlement suédois rejetait cette mesure proposée et votée par la seule extrême-droite, les députés français l’adoptaient. Heureusement près de la moitié des députés socialistes ne l’ont pas voté. La réforme constitutionnelle est, je m’en réjouis, pas encore sûre d’aller jusqu’au bout. Le sénateur-président Retailleau, fidèle soutien de Fillon, va se faire fort de faire voter aux sénateurs un texte différent de celui de l’Assemblée nationale. Et on risque de repartir pour un nouveau débat à l’Assemblée avant l’hypothétique réunion du Congrès. Ne serait-il pas temps d’arrêter là ce débat qui déshonore la gauche française !

Je ne décolère pas. Il y a maintenant le projet de loi El Khomri sur le travail. Le Medef en a rêvé, Valls l’a fait ! Comme on pouvait le craindre, les campagnes médiatiques libérales menées contre la « grosseur » du code du travail n’étaient pas fortuites. Il s’agissait bien de préparer le terrain à une mise en pièces sans précédent de notre droit du travail, fruit de plus de 100 ans de luttes, de victoires syndicales, de compromis pour adapter les entreprises aux droits humains. Sauf à créer des emplois à 400 euros (Allemagne), et des contrats 0 heures (Grande-Bretagne), nul n’a démontré que c’était le droit du travail qui générait le chômage.

Les entreprises n’embauchent pas parce qu’elles ne savent pas si leur production trouvera un débouché. Au lieu de stimuler l’activité économique (investissement public, hausse du SMIC…), le gouvernement Valls fait tout le contraire. Il réduit les cotisations et impôts des entreprises qui les prennent…sans pour autant embaucher. Et maintenant il répond à toutes les revendications patronales en matière de flexibilité. Ça suffit ! Pendant ce temps là, des millions de gens souffrent du chômage, de la précarité, de fins de mois difficiles. Et la crise financière menace à nouveau. Plusieurs raisons mais une (et non des moindres) : « les banques ont repris leurs activités dans les produits complexes, ceux là-même qui avaient déclenché la crise des subprimes dès 2007 » (1). La lutte contre le capitalisme financier ne nécessite-t-elle pas une réforme bancaire d’une autre ampleur que celle mise en œuvre jusqu’à présent ?

Quelques exemples de la déchéance des droits sociaux orchestrée par le projet El Khomri : un groupe pourra dorénavant procéder à des licenciements économiques pour des activités déficitaires en France, même si ses autres filiales à l’étranger sont, elles, en bonne santé. Que Valls ne nous dise pas que ce qui l’intéresse c’est l’emploi dans les PME-TPE ! Et que dire de la possibilité donnée aux patrons de faire travailler 5 heures de plus par semaine les apprentis de moins de 18 ans sans autorisation de l’inspecteur du travail ? Et je ne parle pas de la possibilité étendue de la semaine de 60h, de la journée de 12h ! Et du temps de travail possiblement calculé sur plusieurs années !

80 ans après le Front populaire, ce gouvernement certes issu de la gauche rompt donc tous les jours un peu plus avec la gauche. Il faut se mobiliser pour exiger le retrait du projet El Khomri. Protester en signant massivement des pétitions (*). Mais cela ne suffit plus. Il faudra aussi être nombreux dans la rue à manifester à l’appel des organisations syndicales dans les semaines à venir. Les députés socialistes auront aussi à prendre leurs responsabilités. Voter contre, et en cas de 49-3, le vote d’une motion de censure est une question qui se posera sérieusement.

Il faut aussi tenter de dégager des perspectives politiques. La politique menée aujourd’hui fracasse le Parti socialiste, mais elle émiette et affaiblit toute la gauche. C’est pourquoi je suis partie prenante de cette démarche pour des primaires de gauche avec des citoyen sans-parti, mais aussi des socialistes, des communistes et des écologistes. Chacun le sait à gauche. Si François Hollande s’avisait à se présenter aux présidentielles de 2017, il ne passerait pas le premier tour tant l’exaspération est à son comble dans l’électorat de gauche. Il faut donc créer, recréer des espaces de débat à gauche pour définir une plateforme, une base minimum pour un programme commun de la gauche, base d’une future majorité parlementaire. Et alors une primaire pour désigner un candidat unique de la gauche sera possible. Cette plateforme, pour rassembler largement, ne pourra être ni « social-libérale » ni « gauchiste ». Tout cela doit être l’occasion d’un grand débat public, mobilisant de centaines de milliers de citoyens dans tout le pays. En Loire-Atlantique, des initiatives dans ce sens seront proposées.

Cette semaine au Conseil régional, c’est le débat d’orientation budgétaire qui va occuper l’attention. Le discours de la majorité de droite ne change pas : « l’exaspération fiscale est à son comble dans le pays. Elle décourage l’investissement et l’esprit d’entreprise, elle favorise le départ de nos entrepreneurs et de nombre de nos jeunes ». Cela prépare les mesures que prendrait un gouvernement de droite. Encore et toujours plus de baisse d’impôts pour les plus riches ! Et encore moins de dotations aux collectivités. La droite régionale prend d’ailleurs les devants. Sans même attendre les résultats de l’audit qu’elle a commandé sur les finances de la Région, elle décide de baisser de 5% les dépenses de fonctionnement soit 40M€ à mi-mandat). Quelles sont les coupes sombres prévisibles ? Nul ne le sait encore, mais cela ne préfigure rien de bon pour le maintien à d’un service public régional de haut niveau.

La droite régionale annonce aussi un plan d’urgence d’aide à l’agriculture. Pourquoi pas ? Le groupe socialiste régional a fait des propositions pour un plan régional de mobilisation pour l’agriculture. Mais ce qui est à retenir c’est la façon dont le sénateur-président Retailleau aborde la question. « Nous savons que les agriculteurs sont des chefs d’entreprise qui ont de plus en plus de charges et de normes ». (3) Les agriculteurs avant tout des chefs d’entreprise ? Je ne le pense pas. Les paysans sont d’abord des travailleurs de la terre. Et si le modèle agricole est à bout de souffle, « l’agrobusiness se porte bien, très bien même » (4). Deux visions très différentes de l’agriculture s’opposent !

Quant à la question de l’enseignement, les laïques apprécieront. « L’équité entre public et privé et le soutien au civisme au sein de la communauté éducative constitueront les pierres angulaires de l’intervention régionale » en matière d’éducation peut-on lire dans le rapport d’orientations budgétaires ! Quelle vision étriquée des défis à relever dans le domaine de l’éducation !

Là non plus, je ne décolère pas !

(1) Un air de Lehman Brothers (Le Monde du 13 février 2016)

(2) Ce code qu’il faut défendre (CQFD) , Loi travail : non, merci !

(3) Ouest-France du 8 février 2016

(4) Laurent Pinatel, porte-parole national de la Confédération Paysanne (L’Humanité du 9 février 2016).

 

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